Atelier d’écriture.

 

De Lielie Sellier

 

 

 

Atelier d’écriture pour une majorité de personnes c’est égal à cours d’écriture. Apprendre à écrire, à bien écrire avec un animateur ou animatrice qui au vu de son  CV impressionnant : écrivain, journaliste ayant publié X écrits, nous  donnerait le droit de nous permettre d’écrire. Non, je ne suis pas d’accord. L’atelier d’écriture est un espace divin. Il est comme toutes ces premières fois où l’on a savouré un fondant au chocolat, lu un livre, écrit son premier poème, la première fois où on a aimé, un état de grâce.

 

Des femmes, des hommes se rendent dans l’appartement de l’animateur d’un atelier par un samedi ensoleillé de Décembre. Les participants se présentent sans fards, sans pantomime, hors des codes imposés par la société. Un thème est donné. Ce jour les histoires de vies. Ils écrivent. Ils entendant le glissement des stylos sur les feuilles, les grincements d’un siège, ils écrivent leurs pensées, les mots glissent dictés par je ne sais quelle magie. Les mots sont là, les phrases sont là, les histoires, les textes prennent formes et vies.

 

Nous parlons du monde en perpétuelle mutation, des questionnements qu’il pose. Des années qui passent et s’entrecroisent, 1937-2015, Hitler est remplacé par Daech qui a repris l’idée de faire naître des enfants pour servir leur idéologie, d’éduquer des enfants innocents dans leurs préceptes de violence. A nouveau l’exode sur les routes, le questionnement sur l’autre ses origines, sa religion, l’inquiétude qui pointe son nez.

 

A l’atelier, je croise des hommes et des femmes qui m’émeuvent. Arlette se trouve vieille. Je ne suis pas à l’intérieur de son être. Je la trouve belle, son visage, ses rides expressives. Elle est interrogative, soucieuse sur ce monde qu’elle voit à nouveau prendre un dangereux chemin. Elle mélange les langues, le français et l’anglais. Elle a vécu de nombreuses années aux Etats –Unis, la France lui manquait.

 

Ce jour, le socle familial est présent : grands-parents, parents, belle-mère, sœurs, frères,  le temps qui passe. Nous voyageons à travers le temps, l’espace, des villes, des continents. Sommes-nous définis par une part de notre socle familial, pour devenir nous-mêmes ? Une profession peut-elle être la continuité d’une filiation familiale suite à une promesse ? Peut –on soigner sa fatigue par la création ou l’éloignement dans les instants de solitude ? Je pense que comme dans un livre ou une toile, ces différents éléments s’imbriquent, s’interpellent, se font, disparaissent, changent de couleurs selon les étapes de nos vies, nos âges, nos chemins. Nous sommes un, nous sommes tous, nous sommes eux.

 

Cette figure de mon grand-père Louis que j’ai évoquée, est  mienne dans mon présent, mon futur. Il a fait, fait, fera toujours partie de mes anges protecteurs. Il m’a sauvée, j’ai été présente à ses derniers instants de vie. Il me tient la main, je lui tiens la main, main invisible, visible dans mon cœur. Tout est croisement, recommencement.